Terres Inconnue


Notes et réflexions

L’essence de l’intelligence collective

Depuis plus de 20 ans, je mets en pratique les diverses pratiques d'intelligence collective telles que le cercle, le world café, l'open-space, la search conference, la place du village, etc.
Ce qui m'a amené à mettre en œuvre ces outils est l'observation et l'écoute de mes clients : en passant du temps avec eux, je me suis aperçu que ma valeur ajoutée consistait à accompagner la permission et la protection de la parole, d'être l'hôte de conversations essentielles. Les clients savent ce qu'ils veulent dire à propos de leurs métiers. Par contre, ils ont souvent besoin d'être accompagnés pour écouter, échanger, donner des feed-backs, construire ensemble, développer l'esprit d'équipe, etc.

Le besoin de réunir des groupes de taille importante (plusieurs dizaines voire centaines de personnes) dans cet esprit de libération de la parole est apparu dans les années 80, avec la mise en du management matriciel, l'accélération souhaitée de la diffusion des innovations et des changements, et l'augmentation de la complexité des problématiques à traiter par les entreprises. La pertinence des outils d'intelligence collective pour conduire les rassemblements m'est apparu très vite : de nombreux participants sortaient avec les yeux brillants de satisfaction, exprimant la surprise d'avoir beaucoup travaillé, échangé, rencontré et découvert des collègues et leurs problématiques de travail, le tout de façon simple et naturelle. Les visions partagées et la mise en œuvre des changements semblaient facilitées par les partages. Qui plus est, je me suis rendu compte que certains clients s'appropriaient aisément certains de ces outils.

Alors j'ai eu soif d'en savoir plus sur ces méthodes, et ma méthode d'apprentissage a consisté à les mettre en œuvre de plus en plus souvent chez mes clients, si possible en co-animant avec les quelques spécialistes de ce domaine. Plus je me suis retrouvé confronté à une diversité de situations, plus j'ai dû adapter les concepts, voire les « tordre » pour répondre aux principes de réalité : outre les sempiternelles contraintes logistiques, la limite au développement de l'intelligence collective est le plus souvent mise par le client lui-même, en fonction de son niveau de maturité. C'est ce qui m'a amené à développer diverses stratégies de contournement, en me demandant ce qui fait l'essence d'un processus d'intelligence collective.

  1. Il s'agit d'un partage : le plus souvent, l'organisation d'un événement d'intelligence collective est à l'initiative de la Direction. Cependant, il ne mérite ce nom qu'à partir du moment où les attentes des participants sont prises en compte. Est-ce que chaque participant se sent concerné par le sujet traité ? Est-ce qu'on a effectué des réunions ou des test préalables ? A-t-on constitué une équipe d'architectes chargés de designer l'événement ?
    A Terres Inconnues, lorsque nous co-animons un événement, nous prenons garde que l'un d'entre nous soit entièrement dédié aux participants tandis que l'autre gère les relations avec le donneur d'ordres.
  2. Chacun participe : c'est le point-clé qui consiste à considérer tous les participants comme acteurs (ce qui élimine la présence de showmen, de formateurs gourous, de beaux parleurs, des personnes qui ont besoin de monter sur scène pour leur ego, etc.) et demande que le processus appelle chaque participant à s'exprimer.
  3. La parole est protégée : il est fondamental de créer une alliance suffisante avec le management pour assurer que les personnes qui vont s'exprimer ne seront pas sanctionnées ; et l'expliciter. Il n'est pas rare que l'apparition de ces méthodes dans un milieu traditionnel rende les gens perplexes : qu'a-t-on le droit de dire ? Pourquoi nous demande-t-on de nous exprimer ? Quel est le rôle des consultants ? Etc.
    Les situations d'intimité (à 2, 3 ou 4) son aménagées pour que les participants puissent parler vrai, et en leur proposant de partager en collectif ce qui leur paraît essentiel et susceptible d'être entendu
  4. L'intention est « cristal clear » : c'est un des points les plus difficiles tant l'intention derrière toute opération d'intelligence collective est liée à l'intelligence émotionnelle et, donc, fait appel à un vocabulaire pauvre dans le monde de l'entreprise.
    Le travail préalable avec le Dirigeant et/ou son équipe est essentiel pour s'assurer que nous avons pu détecter non seulement sa demande, mais le besoin qui se cache derrière.
  5. Les processus utilisés sont simples et aisés à mettre en œuvre ; ils ont un caractère « naturel » car ils font appels à des processus utilisés par les humains depuis la nuit des temps (le cercle) et/ou dans la vie courante (le world café)
  6. Les processus d'intelligence collective font appel à tous les registres de la communication interpersonnelle, de l'intimité (échanges 2 à 2 ou en café) à la communication publique (plénière) en passant par l'échange en groupe (cercles)
  7. Le processus d'intelligence collective est durable : pas un événement isolé, puis chacun rentre chez soi ! Il fait partie d'un mouvement au sein de l'entreprise qui tend à faire évoluer les comportements, les relations interpersonnelles et la vision partagée du collectif

 

Pascal GAYET